LA PSYCHOLOGIE DES COULEURS

Cette exploration propose un voyage à travers l’histoire des couleurs, leur symbolisme et leurs applications pratiques dans le domaine de l’architecture. La psychologie des couleurs étudie leur effet sur le comportement et les émotions humaines. Les couleurs ne sont pas simplement une expérience visuelle mais aussi une expérience psychologique, symbolique ou encore mystique. Elles portent des significations bien différentes selon la localisation, la période artistique, historique ou culturelle : « chaque culture détient son propre nuancier, sa lecture symbolique, sa grille de lecture et ses codes, ses engouements ou rejets » entend-on chez Liaigre.

L’intérêt pour les couleurs et leur organisation remonte à des millénaires. Égyptiens et Grecs anciens attribuaient déjà des significations symboliques aux couleurs. Le bleu était lié à la divinité et à la protection, et les pigments étaient extraits de matériaux rares, ce qui en faisait des biens précieux. Pendant le Moyen Âge, les couleurs servaient avant tout des fins religieuses. Le rouge symbolisait le sacrifice et l’amour divin, tandis que le blanc évoquait la pureté. Les vitraux des cathédrales illustraient des scènes bibliques en exploitant le pouvoir émotionnel des couleurs pour éduquer et impressionner les fidèles.

Avec l’émergence de la science au 17e siècle, Isaac Newton a révolutionné la compréhension des couleurs en démontrant que la lumière blanche pouvait être décomposée en sept couleurs fondamentales sur un cercle chromatique. Le siècle suivant, Johann Wolfgang von Goethe fut l’un des premiers à explorer l’impact émotionnel des couleurs dans son « Traité des couleurs », 1810. Contrairement à Newton, il s’intéressait davantage à la perception subjective qu’à la science pure.

Les révolutions artistiques des 19e et 20e siècles ont ensuite libéré l’usage des couleurs. Les impressionnistes et les fauves utilisaient les couleurs comme des outils d’expression émotionnelle. Parallèlement, les études psychologiques ont commencé à influencer des domaines comme le design industriel et l’architecture. On pense notamment aux études chromatiques réalisées extensivement par l’école du Bauhaus.

En architecture, l’utilisation des couleurs peut aider à transformer la perception de l’espace. Une teinte sombre appliquée au plafond donne l’impression d’une pièce plus basse, tandis que des couleurs claires sur les murs périphériques allongent l’espace. Les accents de couleurs vives appliqués sur des murs centraux produisent des points focaux qui donnent visuellement l’idée d’un certain raccourcissement spatial.

Dans le domaine de l’architecture intérieure, la couleur ne se limite pas à un simple habillage des surfaces. Elle intervient également dans la définition des matières, du mobilier et des objets de décoration. Il est donc essentiel de prendre en compte la force de l’association des couleurs : l’œil humain peut être trompé et percevoir une même teinte de manière différente selon son contexte, son association avec d’autres couleurs et le rapport d’échelle qu’elle entretient avec celles-ci.

Pour exploiter pleinement l’infinité des teintes à notre disposition, il est indispensable de s’intéresser à la psychologie des couleurs principales. Nous nous penchons ici sur les caractéristiques des teintes secondaires et les usages qui en sont recommandés.

    • rouge : énergie et dynamisme
      Le rouge est une couleur ardente, porteuse de chaleur et d’énergie. Elle stimule les sens – l’ouïe, l’odorat, le toucher, la vue et le goût – et agit comme un véritable moteur pour le corps et l’esprit. Fait fascinant : le rouge est la première couleur que distingue un bébé. Son intensité en fait un choix idéal pour les espaces créatifs tels qu’un bureau ou une salle de musique. Ayant le pouvoir d’accroître l’appétit, elle s’utilise également dans une cuisine ou salle à manger. Toutefois, sa vigueur peut perturber le calme des espaces de détente comme les chambres, salons ou salles de bain, où des teintes plus apaisantes sont recommandées.

    • orange : vitalité et créativité
      Couleur de l’enthousiasme, l’orange libère l’esprit et stimule la pensée créative. Son énergie communicative aide à assimiler de nouvelles idées et à maintenir un haut niveau d’activité, ce qui en fait une excellente option pour les salles de sport. Ses nuances plus douces, comme la pêche ou l’abricot, adoucissent son intensité et permettent de l’intégrer harmonieusement dans d’autres pièces. Profondément associée à l’esthétique des années 1970, l’orange s’accorde parfaitement avec des motifs audacieux ou des matières plastiques pour créer une ambiance rétro.

    • jaune : optimisme et lumière
      Universellement reconnu comme la couleur du bonheur, le jaune évoque la joie, l’optimisme et la confiance. Bien qu’il éveille l’inspiration et stimule l’esprit, sa luminosité intense peut le rendre peu adapté aux environnements de repos. En revanche, il s’intègre facilement dans les styles suivants : en touches contrastées dans un décor minimaliste, associé à des matériaux bruts dans un style industriel, ou encore dans des intérieurs méditerranéens, marqués ces dernières années par l’utilisation répétée du citron et des Têtes Moro siciliennes.

    • vert : sérénité et équilibre
      Le vert est synonyme de calme et d’harmonie. Couleur la plus reposante pour l’œil, elle crée un sentiment d’ordre et de sécurité. Ses nuances variées permettent de multiples interprétations : les verts profonds, comme l’émeraude ou le vert forêt, apportent intensité et sophistication, idéaux pour les salons, chambres et bureaux. Les teintes plus douces, comme la sauge ou la menthe, favorisent quant à elles la concentration et conviennent davantage aux espaces de travail.

    • bleu : apaisement et connectivité
      Le bleu réduit les inflammations, l’hypertension artérielle et calme les émotions fortes comme la colère, l’agression ou l’hystérie. Il apporte tranquillité et apaise les souffrances. C’est l’une des teintes les plus étudiées en psychologie des couleurs en raison de son fort impact sur les émotions et le bien-être mental. Son aptitude à renforcer les liens et à évoquer un sentiment de communauté en fait un choix naturel pour les espaces de vie partagés. Polyvalent par essence, le bleu peut être intégré dans presque tous les types d’espaces.

    • violet : luxe et créativité
      Symbole de raffinement et de créativité, le violet évoque également la royauté et le pouvoir. Autrefois réservé aux élites en raison du coût élevé de sa teinture, il demeure une couleur audacieuse mais puissante. Aujourd’hui le violet semble un choix un peu risqué mais peut se révéler un excellent moyen d’élever son intérieur et apporter une touche de faste. Il est plus approprié de l’utiliser dans des espaces de repos comme la chambre à coucher, le salon ou encore un espace de méditation.

    • blanc : pureté et renouveau
      Le blanc, synonyme de clarté et de renouveau, est une toile vierge qui invite à la purification des pensées et des actions. Au cœur de l’esthétique minimaliste, il s’impose comme une valeur sûre pour les murs, les meubles et les accessoires. Si certains lui reprochent une froideur excessive, il reste inégalé pour créer une ambiance lumineuse et intemporelle. Le blanc reste la couleur la plus polyvalente en matière de décoration d’intérieur.

En conclusion, chaque teinte, avec sa richesse de significations et d’effets, agit comme un fil conducteur qui relie notre intérieur à nos besoins profonds. En choisissant une palette de couleurs réfléchie, nous ne décorons pas seulement un lieu, nous créons une expérience, un équilibre subtil entre esthétique, fonctionnalité et émotions.

Sources:

Matheus Pereira, The Role of color in Architecture : Visual Effects and Psychological Stimuli, 2018, www.archdaily.com

Luce Bleher, Couleur et architecture. Architecture, aménagement de l’espace, 2016, Dumas

How to Use Color Psychology in Interior Design, 2020, www.nativainteriors.com

Thomas Barrie, Is purple making a comeback in interior design?, 2024, www.houseandgarden.co.uk